Attaché de presse : pourquoi j’ai détesté ce métier

Il faut que je vous fasse une confidence. Et s’il vous plait, n’allez pas la répéter, je vous en prie… De toute manière personne ne lit ce blog et c’est tant mieux.

Alors voilà. En décembre 1987, j’ai créé avec mon frère l’agence Rumeur Publique dont la vocation était d’accompagner les acteurs des nouvelles technologies dans leurs efforts à se faire connaître. Voyez-vous, à 24 ans à peine, j’avais eu l’intuition que les technologies allaient changer le monde et je voulais être un acteur de ces changements fondamentaux à venir. J’avais été littéralement bluffé par l’annonce de l’arrivée du Macintosh en 1984 et je pressentais que nous en étions à un tournant aussi structurant que la révolution industrielle de la fin du XIXème siècle. J’ai donc créé cette agence avec l’espoir secret de convaincre des journalistes de France et de Navarre de bien vouloir s’intéresser à mes tout premiers clients.

C’était compliqué, très compliqué, d’autant que je ne connaissais personnellement aucun de ces journalistes que les attaché(e)s de presse installé(e)s avaient dans leurs précieux fichiers. Certains diraient que je n’avais que « ma bite et mon couteau » pour réussir. C’était bien insuffisant (je parle de mon couteau bien sûr, bande d’obsédés !).

Je me suis accroché et au fil des mois, mon nouvel associé et moi avons réussi à décrocher ces premiers contrats qui nous ont sorti de l’ornière. Nous étions devenus des attachés de presse réputés, hargneux jusqu’au bout du Filofax, dépositaires besogneux d’un début de respectabilité conféré par nos premiers dossiers et accessoirement notre façon de procéder.

Plus de 20 ans ont passé et je peux le dire aujourd’hui, j’ai souvent détesté ce que je faisais, même si mon agence est devenue l’une des premières du marché français du temps où je la dirigeais. Je détestais la manière avec laquelle nous devions courtiser les journalistes pour les convaincre de s’intéresser à nos clients pour coucher quelques mots sur le papier à leur sujet, je détestais la manière avec laquelle ces professionnels de l’information nous raccrochaient prestement au nez à longueur de journée, je détestais cette relation dominant/dominé qui n’avait aucun sens à mes yeux, je détestais les privilèges que revendiquait ostensiblement le premier scribouillard venu, ces exigences crétines de voyager en business ou d’être servi tel un nabab jusqu’au premier distributeur de barres chocolatées venues.

En même temps, l’attaché de presse était communément dressé pour être un fauve évalué à la parution, une sorte de VRP hargneux et crétin campé sur le bien-fondé de son misérable communiqué de presse.

J’ai tellement détesté ça que j’ai tenté d’inventer une nouvelle façon de faire le job. Un beau jour de 1994, je me suis mis dans la tête que j’allais « approcher » les journalistes comme des alter ego, sans la moindre révérence, sans la moindre condescendance non plus. Je me suis dit que ces types ou ces nanas étaient dans la même barque que moi, artisans de l’information du public et que nous n’avions d’autre choix que de coopérer.

Ce fut un « game changer » pour moi. Finies les suppliques crétines sur la base d’un communiqué à l’intérêt douteux, finies les sollicitations gémissantes , finies les questions connes du type « Vous avez bien reçu… vous en pensez quoi… vous pensez en faire quoi… vous pouvez m’envoyer l’article quand…? » Un game changer et changement de vie. Mais plus important, je me suis pour la première fois fait des amis chez ces journalistes indûment harcelés et inutilement agressifs en réaction.

Ce qui est amusant, c’est que peu de temps avoir ouvert mon blog en 2004 et sans le vouloir, je suis passé de l’autre côté de la barrière, dans le radar des agences qui chassaient « l’influenceur » potentiel. Des sociétés de fichiers presse m’ont référencé et je suis devenu la cible d’attachés de presse déchaînés, de quoi me rendre compte à quel point ces relations pouvaient parfois être d’une stérilité confondante.

J’ai détesté dans le silence faire ce métier mais, du jour où j’ai arrêté de prendre les journalistes pour des prospects, des cibles, je me suis fait de vrais et grands amis. Je ne suis pas devenu un grand attaché de presse pour autant mais j’ai enfin pris du plaisir dans ce que je faisais.

Et ce fut le début d’une série de belles histoires qui me nourrissent encore aujourd’hui.

4 réflexions sur “Attaché de presse : pourquoi j’ai détesté ce métier

  1. Well said Christophe! I agree completely. For myself, making the jump from commercial journalist (News Limited) to government press secretary probably framed my approach to journalists.

    If I had a story which stood on its own legs then I sent it to all without fear or favour. If I had a bad story, it was up to me to go back to my masters and either get a better angle or explain that it would be an embarrassment for the organisation to send it out – I always found it better to fight my battles with my boss behind closed doors than to « suck up » to journalists.

    This approach stays with me today, even after more than 25 years in the dark side of PR consultancy. It is my job to manage my clients and their environment, rather than try to « put lipstick on a pig » as we say here.

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  2. …je détestais la manière avec laquelle ces professionnels de l’information nous raccrochaient prestement au nez à longueur de journée »…
    Des personnes dignes de foi exerçant aujourd’hui ce même métier me rapportent que le temps où des journalistes raccrochaient au nez ou rabrouaient a évolué vers un temps (présent) où l’on peut déjà s’estimer très heureux d’obtenir un journaliste en ligne !
    Cela dit, je m’empresse de dire que nombreux sont les journalistes coopératifs, agréables, joignables et compétents (et ponctuels dans les rdv).

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  3. affaire à ton agence et à des dizaines d’autres et je suis désolé de te le dire que ton approche de ce métier n’était pas la seule possible. D’autres agences travaillaient totalement autrement. Le meilleur exemple était SRRP. Jamais, JAMAIS, J-A-M-A-I-S un ou une AP de SRRP ne m’a contacté pour me demander si j’avais bien lu un communiqué, si je venais à une conférence de presse ou si je connaissais tel ou tel client. Car elles (c’était plutôt des filles) avaient compris mon fonctionnement : je n’écrivais que des articles de fond et je stockais tous les CP, en vue d’articles futurs. Je les ressortais parfois un an plus tard et je demandais à SRRP une interview avec un expert compétent. A partir de là, l’efficacité était extraordinaire. Je n’avais jamais besoin de les relancer et j’étais tenu au courant très rapidement, éventuellement des difficultés à trouver des interlocuteurs. Les AP ne lâchaient jamais l’affaire et l’interlocuteur était rarement à côté de la plaque. Je ne vais pas m’étendre mais chez Rumeur Publique, non seulement ce processus était bien plus aléatoire (c’était moi qui devait relancer pour mes demandes d’interviews) mais en plus, je subissais des relances téléphoniques, voire pire (fax la nuit alors que je travaille chez moi, pièces jointes de plusieurs mégas qui bloquaient mon mode 56K…). Conséquence, j’ai toujours eu des relations très agréables avec SRRP (pour ne citer que cette agence, mais c’était la meilleure) et très vite, des relations tendues avec Rumeur Publique. Je sais que j’étais la terreur de certains AP de Rumeur Publique mais vous étiez aussi ma terreur. Au point que j’ai décidé à un moment, pendant plusieurs mois je crois, de vous court-circuiter et d’appeler directement vos clients. Bon, je remue le passé, qui est passé, mais ce n’est pas moi qui a commencé 😊. Et curieusement, je te considère aujourd’hui comme un ami, même si j’ai (très) peu de contacts avec toi.

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