Digital Detox : c’est quoi au juste ?

Si vous êtes sur les réseaux sociaux, que vous y passez du temps au-delà du raisonnable, vous avez sûrement entendu cette expression, que dis-je, cette expression, cette incantation, celle de la digital detox, la promesse de vivre sans le moindre fil à la patte numérique, sans connexion au web et par extension aux maudits réseaux sociaux qui nous asservissent et nous réduisent à l’état de vulgaires légumineux sans discernement. Réfléchir à sa propre digital detox serait un peu comme se réveiller dans un état de conscience plus évolué que la veille et se promettre d’arrêter les frites, la clope, le pinard, la mayo, les MacDo, le Whopper (non, pas le Whopper !)… La digital detox, c’est le truc ultime pour sauver l’humanité de la fange dans laquelle elle se vautrerait sous l’effet des clics, des likes, des shares et autres « Seulement 20 vues sur ma story ? Mais pourtant j’ai montré mes fesses ! »

La digital detox part en réalité d’une énième confusion que l’on entretient avec cette habitude de nous en prendre aux technologies plutôt qu’à nous-mêmes. Il est si facile d’accuser les plateformes, les réseaux, les tuyaux pour mieux éviter d’évoquer ce que nous en faisons au quotidien. Les créateurs de ces plateformes le répètent d’ailleurs à l’envi, ils se contentent de nous mettre à disposition des technologies. C’est nous qui en développons l’usage en fonction de nos désirs et c’est précisément la connexion à ces désirs qui les rendent presque immédiatement addictives.

En un peu plus de 10 ans, les technologies nous ont rendu tellement de services et permis de faire tellement de choses à une échelle jamais atteinte auparavant qu’elles se sont insidieusement infiltrées dans chacun des compartiments de nos vies privées. Et avant d’en être accro avec toute la connotation péjorative de ce qualificatif, nous en sommes devenus joyeusement dépendants, toujours plus prompts à accueillir une innovation comme une bonne surprise.

Pas convaincu ? Prenez l’exemple du téléphone portable, de l’e-mail, du GPS, du réseau social. Bien sûr que nous vivions bien avant et que les technophobes vous diront qu’une bonne vieille carte Michelin que l’on dépliait sur le capot de la voiture, ça avait son charme et nous permettait d’arriver à bon port malgré tout. A l’âge où mes enfants voyagent et vivent dans d’autres pays que moi, je peux vous dire que le fait de pouvoir les entendre, les voir par webcam, sur WhatsApp ou Messenger est un truc dont je ne pourrais plus me passer. Pour rien au monde je voudrais me retrouver à attendre fébrilement des semaines une hypothétique lettre porteuse de bonnes [ou de mauvaises] nouvelles. Quand mes filles rentrent d’une soirée, le fait de savoir qu’elles peuvent utiliser mon compte Uber sans avoir d’argent à débourser est une tranquillité d’esprit incomparable. Quand je me connecte à Facebook, je suis content de voir ce que mes parents font à l’autre bout de la France et qu’ils ont l’air d’aller bien. Et quel plaisir de voir les photos des quelques copains que je vois trop rarement ! Sans réseau social, je n’aurais jamais trouvé le job dans lequel je suis aujourd’hui, ni les précédents d’ailleurs. Car je ne suis pas allé les chercher, les algorithmes les ont propulsés jusqu’à moi.

Le besoin de digital detox que l’on évoque souvent n’est donc pas selon moi à rechercher dans les fonctionnalités que nous avons d’une certaine manière apprivoisées dans la vraie vie et qui sont devenues essentielles à chacun de nous au sens premier du terme.

Non, je pense que le besoin de prendre de la distance par rapport aux usages intervient lorsque l’on a dépassé le cadre de la vraie vie et utilisé les technos pour se créer une vie rêvée, virtuelle, irréelle, tellement plus agréable que celle qui doit se frotter à la réalité quotidienne. Une vie qui n’existe pas mais que les technologies ont permis de fantasmer. Une vie refuge dans laquelle on est quelqu’un d’autre, une distorsion harmonieuse de notre propre existence.

La richesse de l’offre technologique a permis à certains utilisateurs de dépasser la proposition de valeur initiale. Elle est devenue un allié dans la gestion d’une forme de mythomanie 2.0 avec laquelle on ne veut plus prendre ses distances après avoir joui quotidiennement de la légèreté presque parfaite du personnage que l’on a mis en scène sur les réseaux. Je connais plein de gens qui sont tombés dans ce piège et qui n’arrivent pas à en sortir, comme si le fait de redevenir pleinement ce qu’ils sont n’était tout simplement plus une option. Comme si les technologies n’étaient plus seulement un moyen mais un attribut de leur identité.

Et c’est contre cet attribut qu’il faut savoir lutter pour ne pas se perdre soi-même.

A suivre…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s