Les marées émotionnelles créent-elles en nous le besoin de retrouver le factuel ?

C’est une discussion que j’avais hier au bureau lors de la présentation d’une stratégie d’activation sur les réseaux sociaux : les flots émotionnels qui nous submergent chaque jour en ligne, constitués de millions de commentaires incessants sur tout et n’importe quoi, ces débordements débridés de ces foules connectées dont nous faisons partie et qui peuvent nous embarquer vers, les raccourcis hâtifs, les fake news et autres théories du complot, ont-ils pour conséquence de nous amener à rechercher le chemin de la vérité, des faits, du scientifiquement indiscutable ? Ou sommes-nous finalement condamnés de nous satisfaire de ce maelstrom qui rythme désormais notre quotidien à chaque connexion ?

L’excès de n’importe quoi et d’indigeste nous conduit-il vers la raison ou devons-nous faire le deuil de notre esprit critique ?

C’est une question que je me pose depuis des années et à laquelle je n’ai pas forcément la réponse. Mais c’est une question dont l’examen me parait essentielle à la bonne compréhension des enjeux de l’influence et que tous les professionnels de la communication et/ou des médias doivent se poser. Car nous sommes ici au cœur de la formation de l’opinion.

Si nous considérons que les citoyens ou consommateurs naviguent au gré des vagues émotionnelles qu’ils affrontent tels de frêles esquifs dans une tempête déchaînée, nous devons craindre que les manipulateurs de tout bords les amènent là où ils veulent. Car les ressorts de l’émotion sont assez connus et maîtrisés. Et comment ici ne pas penser aux populistes qui se sont emparés du pouvoir dans plusieurs pays pourtant bien équipés en matière de média, sous des prétextes fallacieux, en devenant des forces de désinformation opportunistes, parfaitement conscients des dérives du web social.

Si nous considérons au contraire que les gens ne sont pas des crétins dociles et qu’ils refuseront la fatalité du matraquage émotionnel pour rechercher des sources de confiance leur permettant de décoder ce qui devient inaudible et incompréhensible dans le vacarme, alors les organisations communicantes auront un rôle majeur à jouer, à condition qu’elles acceptent de prendre leurs distances et revoir leurs stratégies d’engagement.

L’opportunité ici est celle du temps long, de la conception et la publication d’un nouveau type de contenu moins « snackable » et plus en profondeur, la prise de hauteur par rapport aux trending topics, la production de données factuelles indiscutables, l’élévation des niveaux de transparence et enfin, un vrai travail sur la restauration de la confiance. Car plus on est perdu, plus la recherche d’interlocuteurs à qui se fier devient un critère qui revêt un caractère d’urgence.

L’amplification du bruit n’est pas une fatalité et les organisations ne doivent pas s’y soumettre avec une forme de panurgisme déraisonné. Dans un avenir proche, les organisations qui auront le plus d’influence et d’impact pourraient bien être les moins bavardes, celles qui ont décidé de s’extraire des réseaux sociaux pour y passer leurs messages autrement.

A suivre…

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