Pourquoi la censure du web par les plateformes est une mauvaise idée

Nul ne peut le contester, les réseaux sociaux ont vu fleurir au fil des ans des flots de « haters » et autres harceleurs en meute, des torrents de fausses informations, des vagues de manipulations qui ont rendu ces mêmes réseaux assez détestables. Même s’il n’y a pas que ça, il y a ça aussi et il faut se rendre à l’évidence.

Toujours prompts à réagir émotionnellement, les politiques se sont emparés du sujet et ont imaginé que la bonne solution serait de forcer les plateformes (Twitter, Facebiook, Instragram, Google,…) à faire le ménage et censurer tout contenu qui serait contraire aux règles préalablement établies au sein de la société. Si, au premier abord, on peut se dire que cette idée est d’un bon sens implacable, c’est en réalité une très mauvaise idée et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

La première raison est que l’idée même de censure implique la qualification préalable de ce qui est acceptable et  inacceptable. Or, c’est une question quasiment impossible à régler à l’échelle d’un réseau social global. Car les législations diffèrent grandement d’un pays à l’autre s’agissant de la liberté d’expression. Les Etats-Unis garantissent une liberté d’expression quasi-totale à leurs concitoyens, là où les français condamnent pénalement l’homophobie, l’incitation à la haine raciale,… Un contenu délictueux en France ne l’est donc pas aux Etats-Unis ce qui rend l’acte de censure extrêmement complexe. Les conversations n’ayant pas de territorialité précise, on ne peut pas dire que tel flot est un contenu purement français devant être censuré en vertu des lois françaises. Et quand bien même il serait censuré, rien n’empêche un américain de le poster à nouveau en toute impunité, l’universalité du réseau le rendant disponible au-delà des frontières. S’il est facile de censurer un contenu à caractère pornographique pour des raisons évidentes, un contenu à caractère personnel et politique, polémique, même outrancier, vulgaire, ne saurait être l’apanage d’une législation locale.

La deuxième raison est à chercher dans l’extrême difficulté de qualifier la véracité d’une information. En ligne de mire par les législateurs, les fameuses « fake news » dont tout le monde parle. Mais qu’est-ce qu’une fake news ? Comment peut-on savoir qu’une information est fausse au moment où elle se répand dans les conversations ? Est-elle fausse parce qu’elle n’a pas été corroborée par des sources réputées fiables ? Mais alors quelles sont ces sources fiables et avons-nous toujours le temps de passer chacune de ces informations au filtre de ces sources avant de les partager ? Et que dire de ces dirigeants politiques qui s’arrogent le privilège idéologique de déterminer ce qui est vrai de ce qui est faux. Ainsi pourrions-nous nous retrouver dans une situation ou tel gouvernant climato-sceptique ordonnerait au réseau social de censurer toute allégation sur la responsabilité de l’activité humaine sur le changement climatique au principe qu’il s’agit de la conviction dominante du pouvoir en place. Nous arriverions à une situation comparable à la Chine sur la toile de laquelle certains événements historiques n’existent tout simplement pas. Et puis comment ne pas penser à tous ces scoops journalistiques qui embarrassent les gouvernants et sont souvent combattus dans leur véracité par les personnes impliquées ?

La troisième raison que je vois (et je pense qu’il y en a beaucoup d’autres), c’est le respect d’un principe fondamental de nos démocraties où il appartient au seul pouvoir judiciaire de rendre justice au nom du Peuple. C’est un pouvoir qui ne saurait appartenir au politique et encore moins au pouvoir d’une entreprise privée à but lucratif, financée par la publicité pour capter l’attention des utilisateurs, comme le sont celles qui dirigent réseaux sociaux. Je ne reconnais pas à Facebook ou Twitter l’autorité pour supprimer tel contenu sous prétexte qu’il ne serait pas conforme à des règles définies dans la plus grande opacité. Et comment ne pas craindre qu’elles utiliseraient ce pouvoir (si ce n’est déjà fait) pour minimiser les attaques contre leurs plus gros annonceurs, rendant ainsi inopérants les réseaux sociaux dans leur capacité périodique à être les plateformes privilégiées des lanceurs d’alerte ? Enfin, comment de pas être effrayé par le rôle central qu’elles joueraient dans les processus électoraux end, déterminant sous l’injonction du pouvoir en place, quel contenu mériterait d’être partagé ou censuré.

Pour toutes ces raisons, et même si moi aussi j’aimerais voir disparaître toute cette haine et ces grotesques manipulations de cette toile que j’aime tant, je pense qu’il serait regrettable et idiot que le législateur se défausse sur les plateformes pour régler un problème de société qui demande essentiellement de l’éducation et de la pédagogie.

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