Affabulateurs et opportunistes médiatiques : retour sur quelques cas

Dans le prolongement de mes précédentes notes qui reviennent sur des crises réputationnelles que j’ai trouvées intéressantes, je voulais revenir aujourd’hui sur un autre phénomène caractéristique de notre époque d’emballement médiatique, l’apparition de affabulateurs qui sautent sur une opportunité médiatique pour s’attirer le feu des projecteurs, quitte à dire n’importe quoi.

L’emballement médiatique est générateur de confusion. Lorsque les événements s’accélèrent, il faut se dépêcher de les traiter et pour cela trouver rapidement des sources, des témoignages, des personnes qui vont contribuer à apporter un éclairage sur l’information principale. Les journalistes n’ont plus beaucoup de temps et sont confrontés à une véritable course contre la montre qui les entraine parfois à commettre des erreurs. Si l’on ajoute à cela que les médias fascinent et que le fait d’avoir la lumière des projecteurs braqués sur soi est un élément d’excitation particulièrement puissant, affabulateurs et opportunistes vont alors pouvoir se glisser dans la brèche et devenir célèbres le temps d’une imposture, générant une forme de plus en plus répandue d’illusion populaire. En voici quelques exemples récents.

Maître Delobel, le faux avocat du terroriste de Nice

Lorsque le 14 juillet 2016, un homme conduisant un camion fauche les passants venus assister en famille au feu d’artifice sur la Promenade des Anglais à Nice et tue 85 personnes avant d’être abattu par la police, personne ne sait rien de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, l’auteur de cette abominable attaque terroriste. Une carte d’identité est retrouvée dans la cabine du camion, ce qui permet aux enquêteurs et aux commentateurs de disposer rapidement d’un nom.

Dans les quelques heures qui suivent, un homme se présente aux médias : il connaît le tueur, il a été son avocat dans une affaire de droit commun, il peut en parler. C’est une aubaine pour les journalistes qui braquent immédiatement leurs caméras sur cet homme. Présent sur presque toutes les chaînes de télévision, il raconte : « Lorsque je l’ai assisté, il ne présentait aucun élément particulier laissant à croire qu’il était radicalisé (…) C’était un individu lambda, un délinquant classique. Il était tout à fait normal dans ses propos ainsi que son physique et ses tenues vestimentaires. Il n’y a rien de particulier qu’on pouvait présager (…) Il était quelque peu nonchalant sur tous les faits, mais il paraissait calme. Il n’avait pas de discours incohérent. »

Ce portrait alimente les débats et conforte l’idée du caractère parfaitement imprévisible de cette attaque. C’est un élément important à verser au dossier des enquêteurs comme à celui des journalistes qui tentent de faire le portrait du terroriste. Sauf que cet homme-là n’a jamais été son avocat.

Le véritable avocat du tueur, désigné d’office à l’époque pour le défendre, s’aperçoit immédiatement de l’imposture. Il est outré de voir les interviews données par son confrère et prévient le bâtonnier. Ce dernier adresse un rappel à l’ordre à Maître Delobel qui ne va pourtant pas réagir et continuer quelques jours encore de répondre aux sollicitations des journalistes, et notamment celles d’une émission de grande écoute le dimanche soir sur TF1.

Mais la supercherie est rapidement découverte et les journalistes se retournent, accusateurs, vers Maître Delobel qui parle de méprise de sa part. Nulle volonté de se mettre en avant, il reconnaît son erreur et prétend qu’il avait confondu avec un autre client au nom similaire ou proche.

Convoqué par le bâtonnier pour s’expliquer sur cette histoire, il commettra une tentative de suicide le matin même de son audition et sera admis aux urgences le 20 juillet 2016. Citée par plusieurs médias, une de ses amies avocates n’hésitera pas à accuser la presse en rapportant que l’avocat fautif a reconnu qu’il y avait une erreur de sa part mais que la presse n’avait même pas pris la peine de vérifier l’information avant de diffuser les interviews.

Difficile à soutenir quand on se souvient qu’il avait continué à accorder des interviews après que le bâtonnier lui ait adressé un premier avertissement. Finalement, en mars 2017, il n’écopera que d’un simple blâme de la part de ses confrères, sanction dérisoire accueillie par les nombreuses protestations du bâtonnier et de quelques autres avocats qui auraient souhaité plus de sévérité, que l’on fasse un exemple afin de protéger la profession et restaurer la confiance du public.

Interrogé par les médias suite à cette sanction, il répondra, lapidaire : « Vous comprendrez, après ce qui s’est passé, que je ne souhaite plus m’exprimer dans les médias. »

Timothé Fournier, le héros imaginaire de l’attentat de Nice

Les jours qui suivent des événements aussi terribles quel les attentats sont les moments où le risque de désinformation est le plus grand, pour les professionnels de l’information et, par extension pour le grand public. Une conjonction de facteurs favorise ce risque : l’extrême sidération de l’opinion qui exacerbe les émotions, la volonté de savoir le plus rapidement possible, la concentration de toutes les attentions autour d’un même sujet, la chasse concurrentielle aux informations. Il n’est donc pas étonnant que le deuxième exemple soit issu de la même séquence que précédemment.

Dès les premières heures qui suivent l’attentat de Nice, les journalistes sont en quête d’éléments permettant de donner des visages aux victimes, une manière de leur rendre hommage en les sortant de cette sordide logique qui fait d’eux des numéros dans le décompte total. Combien sont-ils, 50, 60, 80 ? N’est-il pas plus respectueux de savoir qui sont-ils ? C’est ce à quoi s’attèlent les journalistes de l’AFP en ce matin du 15 juillet 2016.
S’appuyant sur la vitalité des réseaux sociaux, ils se mettent en quête de trouver des témoins ou des membres des familles des victimes, des gens qui feraient part de leur détresse d’avoir perdu un proche. C’est là qu’ils tombent sur le compte d’une certaine Anaïs qui crie son malheur suite au décès de son cousin, un certain Thimothé Fournier, jeune buraliste parisien de 27 ans sur le point de devenir père pour la première fois.
L’histoire racontée par Anaïs est singulière. Thimothé ne serait pas une victime comme les autres, il est mort en héros. Anaïs rapporte ce qui va sera repris plus tard par la dépêche de l’AFP : « Timothé Fournier, 27 ans, buraliste à Paris, est mort en protégeant sa femme, enceinte de sept mois, qu’il a poussée sur le côté juste avant que le camion le percute (…) C’était une crème de bonté (…), un jeune homme rêveur mais qui était toujours là pour sa femme et son futur enfant. »

Le héros dont les médias raffolent est trouvé ! Non seulement les journalistes peuvent enfin mettre un nom sur une victime mais ils y accolent également la plus belle des narrations émotionnelles. Tout y est : la jeunesse, l’appartenance aux classes moyennes, une paternité imminente, un geste de bravoure magnifique et, pour son épouse, une fin heureuse. Le destin tragique du jeune homme est repris par un nombre incalculable de journaux, en France comme à l’étranger.

C’est tellement beau que les journalistes en veulent plus. Ils veulent entrer dans la vie de ce héros des temps modernes, interroger ses proches, retrouver sa femme, faire témoigner ses clients, ses voisins. Une chasse à l’homme est alors lancée. Les registres des fédérations de buralistes sont épluchés à la loupe et des appels à témoignages sur les réseaux sociaux sont lancés. Personne ne trouve rien. Et pour cause.

Quelques jours plus tard, la mairie de Nice publie la liste des 84 victimes de l’attentat et aucun Thimothé Fournier n’y figure. Le compte Twitter d’Anaïs est fermé. Rapidement, les journalistes de l’AFP, interrogés par leurs confrères se rendent à l’évidence : soit ce garçon est toujours en vie, soit il n’existe pas. Ils concèderont quelques jours plus tard : « Nous ne retrouvons pas trace de Timothé Fournier, et nous pensons avoir été victimes d’un ‘fake’, une personne qui s’est fait passer pour un proche de cette supposée victime, en donnant luxe de détails, induisant en erreur un de nos journalistes à Paris (…) Nous n’avons aucune idée des motivations de l’auteur de cet acte, d’autant qu’il ne répond plus à nos sollicitations et a fermé le compte Twitter via lequel nous avions été en contact. »
De son côté, la Directrice de l’information de l’AFP commentera la mésaventure en précisant : « Notre journaliste, par un excès de délicatesse et d’empathie vis-à-vis des victimes de l’attentat, n’a pas procédé à suffisamment de recoupements et de vérifications. C’est très regrettable et dommageable pour l’agence et pour ses clients qui ont repris l’information. Mais nous avons été victimes d’un acte malveillant. »

Sylvain Saadoun, victime imaginaire d’une agression antisémite

Les faits se déroulent le 18 novembre 2015, soit 5 jours seulement après les terribles attentats de Paris et de Saint Denis qui ont fait 130 victimes. La France et le monde entier sont sous le choc. C’est la plus meurtrière attaque terroriste en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les médias ne parlent que de ça et de l’Etat Islamique qui a revendiqué la paternité de cette action. Sylvain Saadoun, 57 ans, professeur d’histoire-géographie dans une célèbre institution juive de Marseille se rend à la police et affirme avoir été agressé par deux jeunes circulant en scooter alors qu’il se rendait tranquillement à la synagogue. Il rapporte aux policiers qui prennent sa disposition que les agresseurs lui auraient d’abord demandé s’il était juif ou arabe, avant de le jeter violemment au sol. Continuant son récit, il précise que l’un des deux assaillants lui aurait montré une photo de Mohamed Merah (l’auteur des attentats de Toulouse notamment contre une école juive) sur son portable et que l’autre aurait ouvert son blouson pour laisser entrevoir un tee-shirt aux insignes de Daech avant de lui infliger « Sale juif, sale porc ! On va te taillader puis t’achever. »

La nouvelle de cette agression surfe sur l’actualité encore toute fraîche des attentats de Paris et du sentiment d’insécurité qui grandit face à la menace d’un islamisme radical. Le Président de la République de l’époque, François Hollande publie rapidement un communiqué pour condamner cette agression et invite à être « d’une terrible, impitoyable même, réaction parce que c’est l’ensemble de la communauté nationale qui est concernée. »

Toute la presse en parle et le professeur agressé reçoit volontiers les journalistes qui en font la demande à son domicile, raconte une nouvelle fois son histoire et exhibe ses plaies aux objectifs des photographes.

Les plaies justement, ce sont elles qui éveillent la méfiance des enquêteurs. Ce sont plutôt des égratignures qui ne correspondent pas à la description que le professeur fait de la sauvagerie de ses agresseurs et de leur violente détermination à en découdre à coups de couteau. Un expert déclarera ultérieurement : « On aurait dit du raclage (…) Ça me rappelle ce que se font les gamins incarcérés à l’établissement pénitentiaire pour mineurs, sauf qu’eux, ils le font de manière plus profonde. »

Rapidement, l’étau se resserre autour du professeur qui est mis en examen en février 2016 pour « Dénonciation mensongère d’un délit imaginaire » avant d’être condamné le 12 mai à 6 mois de prison avec sursis. Lors de son procès, il maintiendra sa version en affirmant « J’ai été réellement agressé, je ne vois pas l’intérêt de m’auto-mutiler. Je ne cherchais pas à faire du buzz. » Il ira même jusqu’à invoquer les préceptes du judaïsme qui condamnent ferment le fait de s’automutiler voire même de se tatouer, mais la cour restera sourde à ces arguments.

Nils Bildt, le faux conseiller défense et sécurité du gouvernement suédois

Tout commence le 18 février 2017, lors d’un meeting du Président Donald Trump en Floride. Devant des centaines de supporters venus l’acclamer quelques jours à peine après son investiture, il se lance dans une tirade plutôt surprenante dans le but d’établir un lien de causalité entre l’immigration et le terrorisme. « Nous devons garder notre pays en sécurité. Regardez ce qui se passe en Allemagne, regardez ce qui s’est passé la nuit dernière en Suède (…) La Suède, qui aurait pu croire ça ? Ils les ont accueillis [les réfugiés – NDLR] en grand nombre. Ils ont désormais des problèmes qu’ils n’avaient jamais cru possible… »

Or, rien de tel ne s’est produit en Suède, aucun attentat, aucune alerte terroriste, suscitant immédiatement les protestations officielles du gouvernement suédois et de centaines de milliers d’internautes. On est proche de l’incident diplomatique et l’ambassadeur de Suède à Washington contacte le département d’état pour lui demander des explications qu’il n’obtiendra pas publiquement d’ailleurs.

On apprendra quelques semaines après que la source du président américain était un programme diffusé la veille sur Fox News, une interview du réalisateur Ami Horowitz dont le dernier documentaire tentait de faire le lien entre les chiffres de la criminalité en Suède et la politique de porte-ouverte vis à vis des réfugiés.

Quelques jours plus tard, le 23 février, Bill O’Reilly, l’un des présentateurs stars de la même chaîne Fox News organise un débat de plateau sur le sujet, comme pour mieux appuyer les dires de Donald Trump et, même si tout le monde sait qu’aucun attentat ne s’est produit, donner du crédit aux propos du président américain en apportant la preuve que la situation est tout de même préoccupante en Suède. L’agenda du journaliste dans son propos de lancement est clairement d’apporter de l’eau au moulin du président. Pour y parvenir, il a invité deux témoins, Anne-Sofie Naslund, une journaliste suédoise du journal Expressen et Nils Bildt, un homme qui se présente à l’écran comme « Swedish Defense and National Security Advisor. »

L’émission débute et la première intervenante tente de tordre le cou aux insinuations de Donald Trump, affirmant au contraire que la Suède est l’un des pays les plus paisibles au monde. Vient alors le tour du Nils Bildt qui s’inscrit en faux par rapport à ce qui vient être dit et prétend au contraire qu’il y a eu de gros problèmes liés à l’intégration des immigrés dans la société suédoise et, pire, que ces sujets ne sont pas traités ouvertement et honnêtement dans son pays. O’Reilly tient son expert à qui il fait dire ce qu’il veut. La crédibilité de Trump est en partie restaurée.

Mais la controverse éclate immédiatement. Pas tant pour sur le fond que sur le fait que personne ne connaît ce Nils Bildt qui s’exprime au nom de la Suède. Qui est-il ? Quelle est sa légitimité pour affirmer de telles choses aux yeux du monde ? La presse suédoise confirme rapidement que ni les forces armées, ni le ministère des affaires étrangères n’ont jamais entendu parler de cet homme, qu’il est parfaitement inconnu des cercles du pouvoir. Des universitaires, des auteurs sont interrogés, personne ne le connaît.

Les journalistes lèvent alors le voile sur ce mystérieux personnage. C’est un suédois qui a immigré aux Etats-Unis en 1994 et son vrai nom est Nils Tolling. Il aurait même été condamné à une peine d’un an de prison pour des faits de violence lorsqu’il vivait en Virginie. Il est en réalité fondateur d’une petite entreprise de conseil basée à Washington, Bruxelles et Tokyo qui offre une grande variété de prestations et notamment ses services dans des affaires de kidnapping et de demandes de rançon.
S’agissant de son nom de famille, la presse suppose qu’il a choisi Bildt en référence à un ancien premier ministre réputé, Carl Bildt, et que cela lui permettait de gagner en crédibilité.

Contacté par la presse suédoise, il dit n’avoir pas choisi le titre avec lequel Fox News devait le présenter, que c’est la chaîne qui a décidé, qu’il n’y est pour rien. Pour le reste, il campera sur ses positions en affirmant, impassible : « désolé pour confusion suscitée par cette affaire mais inutile de dire que ce n’est pas vraiment là qu’est le problème. Le véritable problème est le refus suédois de discuter de ces questions sociales. »
De son côté, la production tiendra à réaffirmer sa bonne foi : « Bildt nous a été recommandé par des gens que le responsable de production a consulté après avoir lancé de nombreuses recherches pour des intervenants potentiels. Après l’avoir pré-interviewé et avoir parcouru sa biographie, il nous est apparu qu’il ferait un bon invité pour l’émission du soir. »

DÉCRYPTAGE
L’irruption aussi soudaine qu’éphémère de ces personnages résulte de deux facteurs convergents.

Le premier est la banalisation du goût pour la célébrité, porté par le sentiment qu’à l’ère des médias sociaux, tout le monde peut facilement accéder à une exposition majeure. L’individu lambda est à quelques encablures des projecteurs et toutes ces histoires de parfaits anonymes qui ont réussi à devenir célèbres sur la toile, blogueurs, Youtubers, Instagramers aiguisent les appétits de personnes avides de reconnaissance publique qui pensent qu’elles le méritent à leur tour, que c’est facile, qu’il suffit d’attendre le bon moment pour surfer sur l’actualité.

Le deuxième facteur est évidemment la difficulté des journalistes à prendre le temps de vérifier leurs sources, confrontés à l’impérieuse nécessité de couvrir l’actualité en diversifiant les points de vue et en donnant la parole à de « vrais gens » — témoins ou experts — qui contribuent à ajouter des parcelles d’authenticité, d’émotion et, le suppose-t-on, de vérité à des faits par ailleurs déjà connus et couverts par tous les autres médias de la même manière. Quand le récit des faits devient aride, les rédactions doivent meubler, agrémenter compléter l’information centrale pour y apporter du relief et une valeur singulière, tout en étant embarqués dans un tourbillon médiatique infernal, alimenté par les tous les réseaux sociaux et singulièrement Twitter.

La convergence de ces deux phénomènes ouvre la porte à de parfaits inconnus qui parviennent, au profit d’un opportunisme synchronisé au besoin des médias, à se retrouver à la une des gazettes, propulsés par des journalistes trop contents d’avoir pu dénicher un angle qui détonne par rapport au traitement traditionnel de l’information.
Et puis il y a un autre phénomène qu’il est sans doute intéressant d’explorer : la révolution du web social a donné une importance considérable et sans doute exagérée à l’individu, devenu soudain l’élément clé de l’information. On a parlé au début des années 2000 du « grass root publishing » pour commenter l’apparition et la prolifération des blogs, on sacralise depuis peu l’influence de la communication « bottom up » qui part de la société pour remonter vers les institutions politiques ou économiques en opposition en « top down » qui descend sur les citoyens ou les consommateurs de manière incantatoire et péremptoire. Bref, l’individu est partout dans les reportages et il convient de le mettre en scène lors des grands moments d’actualité.

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