WebSummit : Un événement à taille… inhumaine

C’était la première fois que je me rendais au WebSummit depuis sa création. Difficile de passer à côté quand on travaille dans le digital, qu’on est actif sur les réseaux sociaux et qu’on est soumis continuellement à leurs incessantes campagnes de promotion en ligne. J’ai donc décidé cette année de m’y rendre avec une certaine excitation, le sentiment d’expérimenter enfin un incontournable. Pour faire court, ce fut une expérience hyper décevante, émaillée de quelques trop rares moments forts.

Le WebSummit est victime de son succès et les organisateurs n’ont pas pris la mesure de ce qu’il faudrait mettre en place pour accueillir décemment les quelques 70 000 personnes qui s’y rendent et qui payent très cher pour cela.

Le premier jour, après m’être prêté au rituel pénible de l’enregistrement et parcouru des kilomètres à pied pour trouver les bons comptoirs, j’ai attendu près de 2 heures dans la foule pour pouvoir accéder à la session d’ouverture. Au bout d’une attente interminable à piétiner, en mode troupeau, un message d’alerte s’affiche dans l’App « Sale comble, dirigez vous vers les écrans extérieurs pour suivre la session d’ouverture. »

J’ai rebroussé chemin.

Le lendemain, il m’a fallu près d’une heure et demi pour pénétrer dans l’événement, les organisateurs ayant prévu de vous faire parcourir un bon kilomètre afin de vous faire entrer à l’autre bout du salon, histoire que vous ne puissiez pas éviter de passer devant tous les halls d’exposition avant d’aller dans la salle de conférence que vous recherchez. Arrivé dans la salle plénière, je découvre une « arena » de 20 000 places assises (pour 70 000 billets vendus, sic). Je m’installe où je peux, au fond, pour assister à une succession de keynote speeches et de tables rondes dont je ne distingue les participants que parce qu’ils sont filmés et retransmis sur des écrans géants.

Du point de vue contenu, tous les exposants ont droit à leur moment of fame. Du coup, ça donne un truc un peu absurde où l’une des plus grandes figures du développement durable est suivi par Burger King et Lamborghini qui viennent vous parler de la puissance de leur marketing client, où un conseiller de Donald Trump partage le canapé avec un activiste de Wikileaks qui entre sur scène en disant que ça lui fait drôle de partager le micro avec « autant de criminels de guerre. »

Diversité, me direz-vous. Mouais. En fait, il n’y a aucune ligne éditoriale, aucun fil conducteur, aucune histoire. C’est une foire aux speakers ininterrompue, ou s’enchaînent sans véritable logique politiques, communicants, marketeurs, gouvernants, influenceurs, journalistes, activistes… Au suivant !

Bien sûr, dans cet amas d’intervenants, on a parfois une bonne surprise, un moment de grâce. Mais c’est pas fait exprès. Ca arrive comme ça, un peu par hasard.

On essaye d’aller dans des salles plus confidentielles pour participer à des workshops et là, le volontaire de service vous explique que cela ne va pas être possible, que la salle ne contient que 100 personnes et qu’elle est déjà pleine. 100 personnes, vous dites-vous, alors que les organisateurs prennent les réservations de 70 000 personnes… Il y a quelque chose d’absurde encore ici.

Je décide alors d’aller faire un tour vers le hall d’exposition pour découvrir les exposants. Beaucoup de pays viennent y vendre leur territoire comme pôle d’attractivité pour les start-upers, les français y compris avec la fameuse « French Tech », puis les gros du secteur, Microsoft, SAP, Cisco, Google, Amazon… qui cohabitent avec une pléthore de start’up malheureusement noyées dans la masse et inaudibles dans le vacarme ambiant.

Du coup, je ressors de ces trois jours avec un sentiment proche de la nausée.

Le WebSummit, mon premier WebSummit, est une gigantestque machine. C’est devenu un monstre qui, victime de son succès, n’est plus en mesure d’accueillir dignement ses visiteurs et leur faire vivre une expérience à la hauteur de leur investissement et accessoirement de leurs attentes. C’est une conférence qui n’a pas de sens, qui ne raconte pas une histoire, qui n’essaye pas d’élever ses participants mais qui donne la parole indifféremment à tout le monde et qui parie sur le fait que, dans la multitude des choses proposées, on finira bien par y trouver son compte.

Peut-être suis-je dépassé par ce type d’événement. Peut-être ne suis-je pas ou plus dans la cible. Peut-être n’ai-je pas su en tirer le meilleur… J’en accepte l’idée.

Toujours est-il que cette première fut aussi une dernière pour moi. Je vais essayer dorénavant de m’intéresser à des événements à taille humaine organisés par des gens qui réfléchissent au sens de ce qu’ils proposent.

3 réflexions sur “WebSummit : Un événement à taille… inhumaine

  1. Mes 2 expériences au Web Summit à Dublin en 2015 et 2016 (30000 personnes à l’époque) étaient similaires à la tienne. En plus, en rentrant chez moi j’avais découvert que toutes les sessions étaient retransmises en replay sur Youtube, donc je ne voyais pas vraiment la valeur ajoutée de payer si cher.

    Je pense que cet événement est excellent si l’on y va avec un but précis (obtenir un investissement, investir dans une startup, rechercher des partenaires dans un secteur très précis).

    Mais sinon, je ne comprends pas non plus très bien qui est-ce qu’ils essayent de cibler (en + des exposants et investisseurs).

    Bonne journée!
    Steve

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