Abandon de Benjamin Griveaux : encore la faute des réseaux sociaux ?

Depuis 24 heures avec la divulgation des images à caractère sexuel attribuées à Benjamin Griveaux et la décision de ce dernier de se retirer de la course à la Mairie de Paris, les commentateurs se déchaînent sur le thème de l’atrocité répugnante des réseaux sociaux, sur le fait que nous sommes désormais noyés dans la fange, dominés par l’abject, aux prises avec des internautes qui ne respectent plus rien, où les notions d’intimité et de vie privée ont volé en éclat et n’inspirent plus la moindre réserve. On pointe et fustige le média, les réseaux sociaux. Les commentateurs ont tranché : ce sont eux les coupables !

Mais ça veut dire quoi « les réseaux sociaux » ? C’est qui ou c’est quoi ce truc impersonnel qui incarnerait le mal absolu ?

Pour moi, et je le dis depuis des années, les réseaux sociaux sont une duplication de la société dans un espace en ligne qui met à la disposition des utilisateurs des moyens de communication et de propagation inédits. Les réseaux sociaux ne sont rien par eux-mêmes, ils sont le reflet de ce qui existe ailleurs dans la société. Ils sont certes grossissants et déformants du fait qu’ils sont souvent utilisés comme un défouloir par des cohortes de gens qui se parent de l’anonymat pour mieux éructer leur colère mais ils sont un miroir de la société. Il ne faut pas l’oublier. Et quand on dit que telle info a fait le tour des réseaux sociaux, on devrait plutôt dire qu’elle a été vue et partagée par un très grand nombre de personnes, plus simplement.

La société est devenue d’une très grande violence et cela affecte en premier lieu la vie politique. Des formes de radicalité apparaissent un peu partout dans nos rues, nous l’avons vu avec le mouvement des gilets jaunes, la mobilisation des black blocs, mais également à Honk Kong ou dans les tueries perpétrées aux Etats-Unis et dernièrement en Thaïlande. La violence est partout dans nos villes et leurs banlieues.

Mais la violence n’est pas uniquement celle des peuples en colère, des chefs d’état en usent comme aux USA avec la gestion de la question migratoire qui sépare les enfants en bas âge de leur famille et qui érige des murs à grands renforts de milliards de fonds publics. Et que dire de la violence inspirée du sentiment que nos leaders politiques ne prennent pas les mesures qui s’imposent pour préserver l’humanité des dérèglements climatiques qui menacent tout simplement notre survie et celle de nombreuses espèces animales ?

Les réseaux sociaux n’ont pas le monopole de la violence.

C’est évidemment très violent de voir des vidéos intimes divulguées sur la place publique, que la personne soit un homme politique ou pas car n’oublions pas que de simples individus sont parfois victimes de telles campagnes de harcèlement. C’est violent et je le condamne sans la moindre réserve.

Mais je ne voudrais pas que cela nous détourne de la nécessité de regarder les choses en face pour bien comprendre ce qui se passe. Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui sont violents, ce n’est pas la politique qui est devenue soudainement violente (elle l’a toujours été et certains l’ont payé de leur vie et je pense à Bérégovoy notamment, bien avant les réseaux sociaux), ce n’est pas la campagne pour la mairie de Paris qui l’est, c’est notre société dans son ensemble.

Les hommes et les femmes qui font de la politique devraient enfin le comprendre et en mesurer les conséquences potentielles. Des décennies de condescendance, des décennies d’inaction sur les sujets qui concernent tout simplement notre survie, des décennies de manque de courage endémique, tout cela baigné par le sentiment grandissant que le pouvoir est administré sans partage par des gens qui sont déconnectés des réalités quotidienne et qui se cooptent les uns les autres pour protéger leur mandat, tout cela est d’une très grande violence.

Alors, quand je prends conscience que le monde que nous allons laisser à nos enfants et nos petits-enfants est un monde dans lequel ils ne pourront peut-être pas tout simplement survivre, je vous le dis franchement, les élucubrations masturbatoires de l’ancien candidat à la Mairie de Paris me paraissent bien dérisoires.

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