Technologies : chronique d’un confinement 2.0

Il y a quelques jours, ma nièce Julie attirait mon attention sur le texte d’une auteure qui regrettait le rôle envahissant de l’Internet et du smartphone en ces temps de confinement et invitait tous ses lecteurs à se déconnecter pour mieux profiter du moment présent, de l’autre, de soi-même. Elle voyait dans le confinement une opportunité de reprendre le cours de relations humaines vraies, en opposition évidemment à ce que l’on trouve au bout du réseau, ce satané virtuel.

Litanie habituelle des opposants des technologies qui voient dans ces innovations autant de régressions de nos aptitudes les plus essentielles et qui s’accompagne souvent d’une vision apocalyptique de la fin imminente de nos sociétés du savoir et de la connaissance, ces propos m’ont tout de même fait réfléchir.

Que devons-nous comprendre de la place d’Internet et des technologies mobiles dans cette période exceptionnelle de confinement ?

Tout d’abord, il faut être parfaitement conscient du fait que le confinement nous impose de mettre un terme à toute relation sociale directe au-delà de la cellule hyper limitée du foyer. Plus de dîner entre amis, plus de relations avec les voisins, plus de papotage avec les collègues de travail, les camarades de classe, les commerçants du quartier, les représentants des services publics, plus de shopping, de concert, de visite de musée, de sports collectifs, le confinement est une privation par nature. Alors oui, on peut regretter comme cette auteure que son gamin ait les doigts sur son smartphone en permanence mais Internet et les technologies mobiles sont avant tout un moyen presque indispensable de résister à cette privation de vie sociale, amicale, familiale et parfois même amoureuse. Grâce à ces technologies, le confinement devient plus supportable car il crée des ponts qui n’ont rien de virtuel avec ce monde extérieur qui nous manque cruellement et dont nous sommes privés par décision politique. L’homme est un animal social et les technologies sont un moyen formidable de maintenir cette capacité à se rencontrer.

Bien sûr, vous pourriez me dire qu’avant que l’Internet et les smartphones n’existent, on se téléphonait, on s’écrivait les uns aux autres avec de vrais stylos à encre sur du vrai papier et que c’était quand même autre chose de recevoir une lettre manuscrite qu’un vulgaire SMS.  Peut-être, mais se faire un apéro via Zoom avec des amis ou des membres de sa famille, voir leurs têtes en bonne santé, c’est sacrément bon ! Et puis n’oublions pas que du temps des lettres manuscrites, on apprenait parfois que quelqu’un était mort sans jamais avoir su qu’il allait mal.

Ensuite, il faut bien prendre conscience qu’Internet et les technologies mobiles vont certainement jouer un rôle tampon dans l’effondrement de l’économie et la grave récession dans laquelle nous allons être au cours des prochains mois. Le fait que des millions de personnes puissent continuer à travailler depuis leur domicile et ainsi maintenir une partie du secteur tertiaire en vie, est un progrès que nous aurions tort de négliger. Certes, certains métiers ne peuvent pas s’exercer à distance, je pense à l’agriculture, au commerce et à l’industrie, mais les possibilités offertes par le télétravail sont aujourd’hui considérables. Grâce au télétravail, beaucoup de personnes peuvent conserver leur emploi et continuer à apporter de la valeur à leur organisation et, pourquoi pas, envisager de nouveaux statuts professionnels. D’ailleurs, ça fait froid dans le dos d’imaginer ce qu’aurait pu être cette crise pour l’emploi de millions d’actifs sans cette opportunité.

Internet et les technologies sont également centrales et omniprésentes dans la continuité de l’enseignement de nos enfants. Même si rien ne remplace la vie de classe, son cérémonial, son rôle social, la proximité du professeur, la spontanéité des échanges et des interpellations, le corps enseignant continue d’être au contact des élèves via les réseaux et tente d’entretenir ce lien indispensable avec l’école. Certes, on ne doit pas passer ici sous silence ni le fait que les professeurs n’étaient pas forcément bien préparés à ce mode d’enseignement, ni l’aggravation des inégalités sociales liées à la fermeture des structures d’accueil.

Enfin, à l’échelle planétaire, le web est devenu un forum scientifique majeur au sein duquel les chercheurs du monde entier partagent leurs travaux face à l’urgence de la lutte contre ce virus inédit. On assiste à une explosion du nombre de publications scientifiques, même si elle engendre parfois des travaux de mauvaise qualité d’après les chercheurs eux-mêmes (Je ne suis pas à même d’en juger). C’est une course contre la montre dont tout le monde peut percevoir les enjeux immédiats et, là encore, les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle absolument central et historique.

Pour résumer et sans le moindre angélisme, je pense que les technologies du web et du mobile sont extrêmement positives dans la crise inédite que nous traversons. On pourra toujours se plaindre du caractère addictif et futile de certaines d’entre elles (et encore, j’espère qu’on continuera à se partager des vidéos débiles avec les copains), nul ne peut douter qu’elles ont changé le monde et ici, pour le meilleur.

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